Les volcanologues décodent l’éruption du Santorin
à l’époque minoenne
Les grandes éruptions explosives sont l’un des phénomènes les plus destructeurs sur Terre. Ces éruptions ne durent que quelques heures à quelques jours seulement, mais elles libèrent tellement de magma (des dizaines à des milliers de kilomètres cubes) que le volcan s’effondre sur lui-même, formant une vaste dépression : une caldera.
De telles éruptions se produisent rarement, mais leurs effets sont dévastateurs aux échelles locales et mondiales.
Le cas de l’île de Santorin
Une telle éruption s’est produite sur l’île de Santorin (Grèce) il y a 3600 ans (âge de bronze), alimentée par une énorme chambre magmatique située à une profondeur de quelques kilomètres sous le volcan. Les tsunamis créés par l’éruption ont probablement eu des conséquences sur la civilisation minoenne en Crête, 100 km au sud.
Si quelques éruptions caldériques se sont produites pendant la période historique (Mont Pinatubo, Philippines, 1991, par exemple), les longues phases précédant ces éruptions n’ont jamais été observées par l’instrumentation moderne. En conséquence, les phénomènes précurseurs associés à de tels événements ne sont pas connus.
Une meilleure compréhension des processus profonds responsables des grandes éruptions caldériques est critique pour la prédiction de telles éruptions.
Nous avons étudié les compositions chimiques des cristaux présents dans les produits de l’éruption « minoenne » pour mieux comprendre les processus pré-éruptifs.
En modélisant la diffusion des éléments chimiques au sein de ces cristaux, nous avons également pu déterminer le temps écoulé entre la formation de chaque cristal et l’éruption. Les résultats ont donné des informations sur la vitesse à laquelle la chambre magmatique est passée d’un état de repos à un état éruptif. Malgré le grand volume de magma produit (40 à 60 kilomètres cubes), et la longue période écoulée (18 000 ans) depuis la précédente grande éruption du volcan Santorin, la plupart des cristaux dans le magma minoen datent de moins de 100 ans avant l’éruption. Cette jeunesse des cristaux démontre que la chambre magmatique à été réalimentée par de gros volumes de magma au cours du siècle précédent l’éruption.
Il semble que les dernières phases de croissance d’une grande chambre magmatique peuvent se produire sur des échelles de temps géologiquement très courtes par rapport à la période de repos, et même peu de temps avant l’éruption.
Ces observations ont des implications pour les stratégies de surveillance des volcans caldériques en état de repos prolongé mais potentiellement actifs.
Le défi est de détecter bien en avance les signaux géophysiques (ex. sismicité, déformation) crées par ces processus profonds qui pourraient conduire à des éruptions explosives de grande ampleur.
Un résumé conçu par Tim Druitt, professeur au Laboratoire Magmas et Volcans (LMV - UMR CNRS 6524) de l’Université Blaise Pascal.
Référence complète :
Druitt, T.H., Costa, F., Deloule, E., Dungan, M. & Scaillet, B. (2012).
Decadal to monthly timescales of magma transfer and reservoir growth at a caldera volcano.
Nature 482, 77–80.
Publié le 28 juin 2012
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Pour en savoir plus :
Pour les plus avertis, voici un article complémentaire en Anglais. Traduisible via le navigateur Google Chrome.
http://www.decadevolcano.net
Un article de Wikipédia s’attardant davantage sur la datation de l’éruption et de ses conséquences supposées sur la civilisation minoenne :
http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89...










