Barbey d’Aurevilly et l’esthétique
Les paradoxes de l’écriture
Cet ouvrage a pour point de départ un colloque : « Barbey et l’esthétique », organisé à la Maison des Sciences de l’Homme de Clermont-Ferrand dans le cadre du bicentenaire de la naissance de l’écrivain, en 2008.
Une ligne de force s’est dégagée de ces journées : qu’il s’agisse de critique, d’écriture intime ou de création romanesque, la pensée de Barbey s’articule autour de la notion féconde de paradoxe.
Un article dans le cadre de La Minute Recherche.
L’introduction montre en effet combien l’attitude du critique et romancier face à l’idée même d’esthétique est contradictoire : par exemple, il loue et condamne tour à tour l’importance de la théorie ou celle de la sensation. Mais ces incohérences apparentes font précisément la richesse et la singularité de son écriture.
Le contenu de cet ouvrage :
La première partie, « Réflexions et enjeux », postule que la manière de l’écrivain trouve ses fondements dans la violence bien connue de sa verve critique.
D’une certaine façon, Barbey se nourrit de ces textes qu’il éreinte. À l’inverse les admirations vives traduisent plus qu’une simple adhésion ou filiation : parler d’autrui comme double lui permet alors d’analyser ses propres façons en se projetant sur la scène littéraire par double interposé.
Barbey dévoile ainsi dans l’énonciation même de sa pensée critique des pans entiers de son esthétique littéraire : son rapport au réalisme, au poétique, au sublime, notamment. Celle-ci se délivre comme par « ricochets » par l’intermédiaire de multiples médiations.
Le présent volume revient sur maintes appréciations, éprises de paradoxe, de l’écrivain : qu’il s’agisse de Diderot critique d’art, de la polémique avec Louis Veuillot sur le roman Une vieille maîtresse, ou de l’œuvre admirée de Balzac dont il retient surtout « la tension entre la finalité explicative de l’étude de mœurs et les échappées propres à l’imagination poétique ». La meilleure illustration de cette tension permanente de la pensée et de l’écriture est sans doute la conception aurevillienne du sublime, qui fait se côtoyer transcendance et immanence, horreur et beauté.
Les spécificités de l’écriture de Barbey sont analysées dans la seconde partie de l’ouvrage, qui aborde « l’esthétique en acte » dans les domaines de l’intime et du romanesque.
Du côté de l’intime, la poésie révèle une facette méconnue du personnage : tout de mesure et de réserve, bien loin du goût de l’hyperbole et de l’excès. Mais l’inversion, le mélange, la réversibilité caractérisent plus encore cette écriture : la correspondance, pourtant privée, s’envisage ainsi comme une œuvre publique où l’épistolier se met en scène ; elle est « littérature en puissance », comme le souligne Brigitte Diaz dans le présent volume. Quant au roman, il est le lieu de l’hésitation entre représentation et réinterprétation du monde. Ancré dans la société contemporaine, il cherche à s’en extraire.
Les quinze contributions retenues dégagent l’un des traits majeurs de l’écriture de Barbey d’Aurevilly : le paradoxe, en relation avec son insertion problématique dans son époque.
Un résumé conçu par Pascale Auraix-Jonchière, professeur et Directrice du Centre de Recherches sur les Littératures et la Sociopoétique de l’Université Blaise Pascal.
Référence complète :
- Annales littéraires de l’Université de Franche-Comté
Textes réunis et présentés par Pascale Auraix-Jonchière et France Marchal-Ninosque, Besançon, Série « Centre Jacques-Petit », 2011 (304 p.)
Publié le 23 janvier
Pour en savoir plus...
Barbey d’Aurevilly et l’esthétique : textes réunis et présentés par Pascale Auraix-Jonchière et France Marchal-Ninosque. Presses universitaires de Franche-Comté, Série « Centre Jacques Petit », 2011, 304 p.

